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Réaction au Plan Santé Macron Buzyn par Dominique Delandre

La Société Civile Française : réaction au Plan Santé Macron Buzyn

 

Comme souvent avec Emmanuel MACRON et son gouvernement le constat et les intentions vont plutôt dans le bon sens.
D’ailleurs ce plan a été globalement bien accueilli par les médecins, les jeunes en particulier, lors de sa présentation en septembre 2018.
Depuis les choses ont un peu changé et les négociations entre la CNAM et les syndicats médicaux ont montré des divergences de fond majeurs. En particulier au sujet des aides financières accordées pour le recrutement des assistants administrativo-médicaux, la CNAM demandant aux médecins de doubler leur nombre de consultations par heure (de 3 à 6). Immédiatement et unanimement les syndicats médicaux ont décidé de quitter la table des négociations en dénonçant une approche trop productiviste.

Il est évident qu’une telle réforme ne peut se faire sans les professionnels de santé et doit aussi tenir compte de l’évolution des mentalités en particulier l’aspiration d’une large majorité de jeunes médecins d’exercer sous statut salarié.
Mais ce plan santé présente de nombreux points critiquables et surtout il semble très bureaucratique et étatique.

La médecine libérale paraît la grande oubliée de ce plan, nous assistons à une étatisation rampante et donc à sa mise sous tutelle.
La médecine libérale de ville française a un des rapports coût/efficacité le plus élevé au monde. La généralisation et le rattachement des CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé) au système hospitalier met la médecine de ville sous la tutelle des ARS (Agence Régionale de Santé) avec les risques de dérives technocratiques que cela implique.
Il faut au contraire décentraliser, faire confiance aux acteurs de terrain et aux expériences locales tout en incitant naturellement à une meilleure collaboration entre les différents acteurs de santé libéraux et publics.
La création d’emplois subventionnés d’assistants administrativo-médicaux n’est pas à la hauteur des enjeux. Le gouvernement prend le problème à l’envers, plutôt que de financer ces 4000 postes, il serait plus sain d’alléger, de supprimer nombre de contraintes administratives et de revaloriser les honoraires afin que les médecins puissent embaucher directement ces personnels s’ils les jugent indispensables.
De plus ces postes seront réservées essentiellement aux maisons de santé et aux maisons médicales pluridisciplinaires, l’intention est de privilégier les regroupements des professionnels de santé, le gouvernement considérant dorénavant que l’exercice isolé est une anomalie, intention paraissant louable car elle correspond aux souhaits de nombreux médecins, mais plusieurs dizaines de milliers de médecins généralistes et spécialistes exercent toujours dans leur propre cabinet ou dans des cabinets de groupe de droit privé et ne souhaitent pas intégrer de telles structures. De même la création de 400 postes de médecins salariés donc publics qui seront déployés dans les déserts médicaux n’est vraiment à la hauteur des enjeux, il en faudrait plusieurs milliers. Cela représente environ 4 médecins par département, c’est ridicule quand on connaît le prochain désastre démographique qui va concerner quasiment toutes les régions, y compris certaines grandes agglomérations.

Marisol TOURAINE avait déjà imaginé un système similaire qui n’a pas rencontré un franc succès. Car le problème de l’attractivité des territoires reste la cause principale de cette désertification.
La jeune génération de médecins plus urbaine, plus attachée à l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle refuse d’aller s’installer dans les zones rurales et les villes moyennes. Malgré les multiples mesures incitatives existantes en particulier financières de très nombreux territoires sont et seront dépourvues d’une offre sanitaire suffisante, il y a rupture d’égalité et parfois mise en danger de la population.
Se posera probablement assez rapidement la prise de mesures plus contraignantes le temps que les effets de la suppression du numérus clausus se fassent ressentir.
Ceux-ci n’interviendront au mieux pas avant 10 à 15 ans, que fait-on en attendant ?

La crise que connaissent les services d’urgence est la conséquence de la désorganisation de notre système sanitaire.
La fin de l’obligation de permanence des soins, la désertification médicale qui va s’étendre à la totalité des territoires ne peuvent qu’aggraver la situation. Ce n’est pas les quelques mesures proposées par Mme BUZIN en particulier l’allocation d’une enveloppe de 750 millions d’euros et la création d’une plateforme commune d’appel dénommé SAS qui amélioreront fondamentalement et durablement la situation.

Malgré tout certaines décisions vont dans le bon sens : abandon probable de la T2A qui est inflationniste et entraînent parfois des comportements peu déontologiques, collaboration renforcée public/privé (mais attention une nouvelle fois à la mise sous tutelle de la médecine privée, les hôpitaux devraient s’inspirer des méthodes de gestion du privé qui sont bien plus efficientes), déploiement du DMP (Dossier Médical Partagé), efforts sur le numérique et la télémédecine, labellisation de 500 à 600 hôpitaux de proximité à l’horizon 2022 centrés sur la médecine générale, la gériatrie et la rééducation, délégation de tâches aux personnels infirmiers.
La suppression de numérus clausus est une bonne mesure, elle permettra d’augmenter le nombre de praticiens et de diversifier les profils. Malgré tout ne leurrons pas les futurs étudiants, il y aura une sélection, elle reste nécessaire. Espérons qu’elle sera régionalisée afin d’adapter le nombre de professionnels de santé aux besoins réels des territoires.
En attendant le gouvernement projette de régulariser environ 4000 médecins diplômés hors union européenne exerçant en milieu hospitalier. Espérons que cette régularisation se fasse sur des critères stricts de qualité.

En résumé le constat est bon, les intentions louables mais ce plan paraît très étatique et technocratique avec un risque évident de mise sous tutelle de la médecine libérale. Il ne représente pas une véritable rupture, de nombreuses mesures existent déjà ou avaient déjà été proposées. Il sera probablement insuffisant pour lutter contre la désertification médicale qui devrait être le véritable enjeu de toute réforme responsable.

Dominique Delandre
Médecin de centre de rééducation fonctionnelle,
Adjoint aux Sports de la ville de Montargis (Loiret)

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